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PROGRAMME DE 1832 |
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Arrêté
du 9 février 1830 prescrivant une épreuve écrite au baccalauréat ès
lettres
La
fin du latin comme langue scolaire
Arrêté
du 11 septembre 1830 sur le rapport entre la langue française et la
philosophie. Arrêté
du 11 septembre 1830 sur la suppression du latin à l’oral de
philosophie au baccalauréat Circulaire
du 8 avril 1833 sur les questions de philosophie du baccalauréat.
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Texte de Victor Cousin Défense de l’Université et de
la philosophie, Paris, Joubert, 1845. |
Le
règne du manuel et le bachotage
Texte de J.-B. Piobetta Le Baccalauréat de l’Enseignement
secondaire, Paris, Baillière et Fils, 1937.
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HISTORIQUE : Le programme de 1832 est rédigé en français. L’influence de Victor Cousin s’est exercée efficacement sur la langue de la leçon, de l’examen et du concours : en classe, à l’oral du baccalauréat, à l’écrit et à l’oral de l’agrégation, à l’écrit du concours général, le français remplace le latin, pour des raisons de fond qui se veulent philosophiques et dans une forme législative particulièrement volontariste.
En
septembre 1830, l’examen oral de philosophie a lieu en français. Les
questions de 1823 seront révisées par une Commission. Victor Cousin va s’en
charger.
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MINISTERE DE M. GUIZOT. Arrêté du 28
septembre 1832 qui détermine les questions de philosophie sur lesquelles
seront interrogés les aspirants au grade de bachelier ès lettres.
Article 1 : « Le programme latin des questions de philosophie de l’examen du baccalauréat ès lettres est supprimé. »
Article 2 : « Il est remplacé par le programme suivant :
INTRODUCTION
1. Objet de la philosophie. Utilité et importance de la philosophie. Ses rapports avec les autres sciences.
2. Des méthodes différentes qui ont été suivies jusqu’ici dans les recherches philosophiques. De la vraie méthode philosophique.
3. Division de la philosophie. Ordre dans lequel il faut en disposer les parties.
PSYCHOLOGIE
4. Objet de la psychologie. Nécessité de commencer l’étude de la Philosophie par la Psychologie. De la conscience et de la certitude qui lui est propre.
5. Des phénomènes de la conscience et de nos idées en général ; de leurs différents caractères et de leurs diverses espèces. Donner des exemples.
6. De l’origine et de la formation des idées. Prendre pour exemple quelques-unes des plus importantes de nos idées.
7. Donner une théorie des facultés de l’âme. Qu’est-ce déterminer l’existence d’une faculté ?
8. Sensibilité. Son caractère. Distinguer le Sensibilité de toutes les autres facultés et marquer sa place dans l’ordre du développement.
9. De la faculté de connaître ou de la Raison. Caractère propre de cette faculté. Des facultés qui se rapportent à la faculté générale de connaître. De la Conscience. De l’Attention. De la perception extérieure. Du jugement. Du raisonnement. De la mémoire. De l’abstraction. De la généralisation. De l’association des idées.
10. De l’activité et de ses divers caractères. De l’activité volontaire et libre. Décrire le phénomène de la volonté et toutes ses circonstances. Démonstration de la liberté.
11. Du moi, de son identité, de son unité. De la distinction de l’âme et du corps.
LOGIQUE
12. De la méthode. De l’analyse et de la synthèse.
13. De la définition, de la division et des classifications.
14. De la certitude en général et des différentes sortes de certitude.
15. De l’analogie, de l’induction et de la déduction.
16. Autorité du témoignage des hommes.
17. Du raisonnement et de ses différentes formes.
18. Des sophismes et des moyens de les résoudre.
19. Des signes et du langage dans leur rapport avec la pensée.
20. Caractères d’une langue bien faite.
21. Des causes de nos erreurs et des moyens d’y remédier.
MORALE
22. Objet de la morale.
23. Des divers motifs de nos actions. Est-il possible de les ramener à un seul ? Quelle est leur importance relative ?
24. Décrire les phénomènes moraux sur lesquels repose ce qu’on appelle conscience morale, sentiment ou notion du devoir. Distinction du bien et du mal, obligation morale, etc.
25. Du mérite et du démérite. Des peines et des récompenses. De la sanction de la morale.
26. Division des devoirs. Morale individuelle, ou devoirs de l’homme envers lui-même.
27. Morale sociale, ou devoirs de l’homme envers ses semblables : 1° devoirs envers l’homme en général ; 2° devoirs envers l’Etat.
THEODICEE
28. Enumération et appréciation des différentes preuves de l’existence de Dieu.
29. Des principaux attributs de Dieu ; de la divine Providence et du plan de l’univers.
30. Examen des objections tirées du mal physique et du mal moral.
31. Destinée de l’homme. Preuves de l’immortalité de l’âme.
32. Morale religieuse ou devoirs envers Dieu.
HISTOIRE
DE LA PHILOSOPHIE
33. Quelle méthode faut-il appliquer à l’histoire de la philosophie ?
34. En combien d’époques générales peut-on diviser l’histoire de la philosophie ?
35. Faire connaître les principales écoles de la philosophie grecque avant Socrate.
36. Faire connaître Socrate et le caractère de la révolution philosophique dont il est l’auteur.
37. Faire connaître les principales écoles grecques, depuis Socrate jusqu’à la fin de l’école d’Alexandrie.
38. Quels sont les principaux philosophes scolastiques ?
39. Quelle est la méthode de Bacon ? Donner une analyse du Novum organum.
40. En quoi consiste la méthode de Descartes ? Donner une analyse du Discours de la méthode.
41. Faire connaître les principales écoles modernes depuis Bacon et Descartes.
42. Quels avantages peut-on retirer de l’histoire de la philosophie pour la philosophie elle-même ?
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Victor Cousin
DEFENSE
DE L’UNIVERSITE ET DE
LA PHILOSOPHIE
Discours
prononcés à la
Chambre des Pairs dans la discussion de la Loi sur l’Instruction
secondaire (avril et mai 1844)
QUATRIEME
EDITION
Avec un appendice contenant diverses pièces relatives à l’enseignement de la philosophie et aux petits séminaires : augmentée des deux derniers discours de MM. Quinet et Michelet et sur le rapport de M. Dupin concernant l’ouvrage de M. Portalis.
PARIS
JOUBERT,
LIBRAIRIE DE LA COUR DE CASSATION Rue
des Grès, 14, près de la Sorbonne 1845 |
Présentation : Victor Cousin est né en 1792 à Paris. Issu
d’une famille modeste, il fit ses études au Lycée Charlemagne et entra à
l’Ecole Normale qui s’ouvrait en 1810. Il y découvrit la philosophie par
les cours de La Romiguière et de Royer-Collard, dont il sera le suppléant en
1815, après avoir été professeur de grec. Ses voyages en Allemagne (1817,
1818, 1824) lui permirent d’associer la philosophie de la nature aux thèmes
des philosophes écossais. Après avoir obtenu une chaire en 1830, il fut
membre du Conseil royal de l’Instruction publique, puis élu à l’Académie
française. Il sera, en 1840, Ministre de l’Instruction publique dans le
cabinet Thiers. Il prendra sa retraite en 1852, après le coup d’Etat de
Louis-Napoléon et mourra à Cannes le 13 janvier 1867, à l’âge de 75 ans.
Tout système d’instruction repose sur deux fondements également
nécessaires : un bon plan d’études et des maîtres capables de le
pratiquer. Ces deux conditions accomplies, les résultats ne peuvent être qu’excellents,
et l’instruction publique est ce qu’elle doit être.
Quel
est donc le plan d’études qui, depuis 1802, a été suivi et l’est encore
dans tous les établissements publics et privés d’instruction
secondaire ? C’est le plan d’études que l’expérience universelle
a consacré, celui qui a formé nos pères et qu’il eût été insensé de
répudier en un jour, sur la foi de théories aventureuses. Le collège d’aujourd’hui
est le collège de l’ancienne monarchie ; mais, sur les mêmes
fondements et sur le même plan général, il a reçu tous les
perfectionnements que le progrès des temps commandait. Nous admettons
successivement toutes les améliorations, lorsqu’elles ont conquis le
suffrage public et que de sérieux succès les signalent à notre
attention ; mais notre rôle n’est pas de courir après les
innovations.
L’instruction
primaire est faite pour tous, l’instruction secondaire pour un petit nombre.
Ce petit nombre est l’aristocratie légitime et sans cesse renouvelée de la
société moderne. A cette aristocratie-là, il faut avant tout des lumières
générales ; il lui faut inculquer de bonne heure, non les habitudes
prématurées de telle ou telle profession, quelle qu’elle puisse être,
mais l’esprit qui fait l’homme et le citoyen. Il lui importe d’avoir
été longtemps imbue de cet esprit généreux, pour ne pas le perdre trop
aisément dans les carrières qui l’attendent, pour y transporter et pour y
conserver le culte fidèle de l’humanité et celui de la patrie. L’instruction
secondaire ne prépare donc spécialement à aucune profession savante ou
industrielle ; son but est plus général : elle prépare des hommes
et des citoyens.
Si
ce principe est vrai, le fond de l’instruction secondaire, ce sont
évidemment les humanités, c’est-à-dire l’étude des langues et des
littératures de la Grèce et de Rome, couronnée par celle de la littérature
nationale. Le collège met d’abord l’élève pendant quatre ou cinq
années dans le commerce assidu des plus beaux génies. Quelle compagnie,
Messieurs quel admirable apprentissage de tous les grands sentiments
humains ! Depuis la Grèce jusqu’aux approches de la Révolution
française, les plus grands écrivains des plus grands siècles, à la fois
divers et semblables, comparaissent devant la jeunesse de nos écoles et lui
apportent ce qu’ils ont donné au monde. Elle n’a l’air d’apprendre
que des langues, mais en réalité elle reçoit la plus riche culture. Elle
reçoit surtout ce sentiment de la vraie beauté en tout genre, qui, entretenu
avec soin et nourri avec amour loin du monde et dans la vie studieuse du
collège, se transforme peu à peu en cet instinct sûr et prompt qu’on
appelle le goût, puissance indéfinissable que rien ne remplace, qui
pénètre l’âme aussi bien que l’esprit, et influe sur toutes les
habitudes. Puis, quand les humanités, pendant plusieurs années, ont remplie
l’imagination, le cœur, la raison, l’âme entière, du sentiment du beau
et de celui du bien, l’homme ainsi ébauché, nous l’achevons par des
études plus sévères. Nous ne voulons pas que l’élève quitte le collège
sans que les mathématiques exercent son entendement aux conceptions
abstraites, aux longues et difficiles déductions, sans que les sciences
physiques et naturelles lui apprennent les lois les plus générales de ce
monde et les principaux caractères des êtres qui le remplissent, sans que la
philosophie enfin, résumant les humanités, lui enseigne ce que c’est
véritablement que d’être homme, quelles lois gouvernent à son insu son
esprit et son cœur, quelle est cette âme qu’il sent battre dans son sein,
quelle est cette sainte loi du devoir que nous n’avons point faite et qui
nous est imposée, cette liberté merveilleuse qui a été donnée à l’homme
seul, cette raison qui, malgré ses imperfections et ses limites, est pourtant
capable de concevoir ou de pressentir l’être infini, invisible au yeux,
présent dans l’âme, créateur et législateur, témoin de la vertu, juge
du crime, père de l’homme, et suprême arbitre des sociétés.
Ce
système d’études est fondé sur l’ordre et le développement des
facultés humaines. Supprimez quelque partie de ce plan, et le résultat que
vous voulez obtenir est manqué : l’homme que vous formez est
incomplet. Bouleversez ce plan ; mettez, par exemple, la physique et les
mathématiques avec la grammaire et les humanités : vous croyez étendre
l’esprit, vous l’affaiblissez, car vous le condamner à tout effleurer. On
n’apprend tout à la fois qu’à la condition de ne rien apprendre
solidement. Le jeune homme lui-même n’a qu’une certaine mesure d’attention ;
s’il la disperse sur trop d’objets, il s’épuise en vain ; s’il
la rassemble sur quelques objets bien choisis, il augmente ses forces par leur
bon emploi. Entre les sciences et les lettres l’esprit incertain ne sait à
quoi s’attacher. Mais suivez l’ordre de la nature : cultivez d’abord
les facultés qui s’éveillent les premières ; et quand l’âge de la
réflexion et des raisonnements abstraits sera venu, mettez le jeune homme aux
mathématiques : il s’y appliquera sans incertitude, et y fera des
progrès rapides. C’est d’ailleurs dégrader les mathématiques, que d’en
faire une étude accessoire. Elles ont trop de prix en elles-mêmes, et elles
sont à l’intelligence un exercice trop salutaire, pour les imposer à qui n’en
est pas capable. Pour leur donner toute leur importance, il faut les mettre à
leur vraie place, après la grammaire et les humanités et avec la
philosophie.
Tel
est le système de nos études ; tout autre est un chaos stérile ou une
mutilation sacrilège de la nature humaine. C’était là le système suivi
dans tous les anciens collèges des Universités et des congrégations
enseignantes ; c’est celui qui a été rappelé et prescrit de nouveau
en 1840, et je le tiens comme d’un effet si certain sur l’accroissement de
l’attention des forces de l’esprit, c’est-à-dire sur l’avenir
intellectuel de la France, que le suivre inviolablement est à mes yeux le
premier devoir de tout homme d’Etat placé à la tête de l’instruction
publique.
Mais
pour exécuter dignement un tel plan il faut des maîtres d’une capacité
assurée ; car ce principe est infaillible : autant valent les
maîtres, autant vaut le collège. Il importe donc de savoir d’où viennent
les professeurs de l’Université, à quelles conditions l’Etat les accepte
ou comment il les prépare à bien remplir les fonctions qu’il leur confie.
Le
même décret de 1808 qui organise l’Université pourvoit à sa durée et à
son recrutement à l’aide de deux institutions différentes qui se
soutiennent l’une l’autre, l’école normale et l’agrégation.
L’école
normale est l’image de l’Université, comme l’Université est l’image
de la France. Nulle barrière religieuse, nul engagement étroit en
contradiction avec l’esprit de nos mœurs et de nos institutions. On arrive
de tous côtés à l’école normale, mais on n’y arrive que par un
concours ouvert dans toutes les parties de la France. La condition pour se
présenter à ce concours est d’être bachelier ès lettres ou ès sciences,
c’est-à-dire d’avoir reçu une instruction secondaire entière et
complète. Voilà des jeunes gens qui seraient presque en état, puisqu’ils
sont les plus distingués des bacheliers, de donner eux-mêmes l’enseignement
secondaire. Au lieu d’enseigner, ils redeviennent élèves à l’école
normale. Ils y restent trois ans sous une discipline dont le règlement,
libéral et sévère tout ensemble, est publié. Le règlement d’études l’est
aussi. Rien de mystérieux, tout à la lumière du jour. Après un tel
noviciat, vous croyez qu’on va leur confier une chaire et les nommer
professeurs ? Nullement ; ils sont admis à prendre part aux divers
concours publics de l’agrégation avec tous les autres candidats qui
justifient des mêmes grades et de services équivalents accomplis dans un
établissement autorisé.
Les
hommes qui ont traversé tant d’épreuves si bien coordonnées entre elles
peuvent-ils ne pas être dignes de la confiance du gouvernement ? Eh
bien, même alors, elle ne leur est point accordée tout entière. Les
agrégés nommés au concours ne sont d’abord employés qu’à titre
provisoire. Il leur faut au moins trois années d’exercice pour obtenir le
titre définitif de professeur. Jusque-là, si, dans la pratique, tout
agrégés qu’ils sont, ils ne répondent pas à l’espérance qu’on avait
mise en eux, leur situation provisoire peut être prolongée, ou même toute
fonction peut leur être retirée : car l’agrégation n’est qu’un
aptitude nécessaire, elle ne confère pas un droit absolu. Lorsqu’enfin ils
ont été trouvés irréprochables sous tous les rapports, alors, mais
seulement alors, on les institue définitivement ; ils acquièrent le
titre de professeur qu’ils ont gagné à la sueur de leur front, au prix de
tant d’études, de tant d’épreuves enchaînées les unes aux autres,
après six années au moins et quelque fois huit ou dix années de service,
comme élèves et l’école normale et comme agrégés. Certes, ils méritent
bien alors ce titre honorable ; il est donc bien juste qu’ils ne le
puissent perdre par un caprice ministériel, à la suite de quelque accusation
ténébreuse. Grâce à Dieu, comme on ne devient professeur qu’après avoir
donné à l’Etat de sérieuses garanties, dès qu’on l’est, on a droit
soi-même à des garanties sérieuses. Les professeurs les trouvent dans l’autorité
du conseil, sans lequel nulle atteinte légale ne peut être portée à la
condition d’aucun membre de l’Université. Le conseil exerce alors les
mêmes fonctions que la cour de cassation, quand il s’agit de juger les
membres de l’ordre judiciaire : tribunal nécessaire, incorruptible,
équitable, juridiction éminente placée à la tête du corps enseignant pour
le contenir à la fois et le protéger, éclairer le ministre et le corps tout
entier ; discipline paternelle sous laquelle se constitue et s’achève
en quelque sorte la perpétuelle éducation du professeur. En général, l’enseignement
dure au moins vingt années, vingt années d’efforts non interrompus.
C’est
à l’aide d’une génération de maîtres ainsi formée et renouvelée aux
mêmes sources, l’école normale et l’agrégation, que nous avons pu
réaliser le plan d’études précédemment exposé. Nous avons reçu en 1802
l’instruction secondaire morte et comme anéantie, et nous vous la
présentons aujourd’hui pleine de vie. Les diverses parties de notre
système d’études ont été successivement, les unes ranimées, les autres
presque créées, toutes perfectionnées. »
pp. 51-58
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SommaireIntroduction. Chapitre
1. Création du baccalauréat de l’enseignement secondaire. Chapitre
2. La Charte du baccalauréat et le monopole. Chapitre
3. La procédure des épreuves et les jurys.
Chapitre
4. Le programme et le règne du manuel. La réforme de Victor Cousin.
Chapitre
5. Le baccalauréat ès sciences et ses variations. Chapitre
6. L’ère nouvelle du baccalauréat et la réforme de Fortoul. Chapitre
7. La réforme de Victor Duruy. Chapitre
8. Conflit pédagogique : Jules Simon et Dupanloup. Chapitre
9. La réforme de Jules Ferry. Chapitre
10. L’enquête de 1885. Chapitre
11. La réforme de 1890 et l’unification des baccalauréats. Chapitre
12. Le baccalauréat de 1902 à nos jours. Chapitre
13. Docimologie et baccalauréat. Chapitre
14. La statistique du baccalauréat et le problème de l’orientation
des bacheliers. Conclusion. |
1937
Mais en ce qui concerne l’examen lui-même, la réforme de Victor Cousin [1] se révéla incapable de faire disparaître l’une des principales tares qui en viciait les épreuves depuis plus de vingt. Le programme du baccalauréat annexé au règlement du 14 juillet 1840 contenait cinq cents numéros dont cent cinquante pour l’épreuve d’explication et trois cent cinquante pour l’épreuve des questions. S’il y avait, dans un tel système, comme nous l’avons déjà dit, une gêne pour l’examinateur, qui ne pouvait pas sortir du terrain étroit où l’enfermait la question tirée de l’urne, il y avait, par contre, une aisance pour les préparateurs. Une industrie, moins criminelle sans doute, que celle des « passeurs » mais infiniment plus répandue et qui attaquait bien profondément l’existence du baccalauréat, s’était formée dès que le règlement du 13 mars 1821 eût partagé tous les objets des épreuves en séries numérotées : c’était celle des préparateurs et des Manuels. Grâce à cette industrie, l’art de préparer à l’examen s’était substitué à l’art d’enseigner la science. Pendant que l’examinateur interrogeait les candidats, il était lui-même examiné, étudié, percé à jour par les préparateurs et les fabricants de Manuels, qui composaient l’auditoire. Les uns et les autres avaient bien vite fait de découvrir ses ruses, de noter ses formules, de deviner ses fantaisies, d’explorer les recoins de l’arsenal où il allait chercher ses meilleures armes. Ce n’était plus la science que ces préparateurs cherchaient à enseigner, c’était la façon de répondre à telle personne. Exercice pénible, qui ne profitait pas à l’esprit, qui lui était même nuisible, mais exercice infaillible ou à peu près. Ainsi à l’aide des Manuels rédigés sous formes de demandes et de réponses – demandes puisées dans le programme avec priorité pour celles qui sortaient le plus fréquemment, réponses rédigées grâce aux notes prises au cours des épreuves et reproduisant ce qui paraissait le plus susceptible de disposer favorablement l’examinateur – les industriels du baccalauréat mettaient, en six mois, un candidat en état de répondre : il ne savait rien au bout de sept mois, ces entraînements calculés pour le moment de la course n’ayant rien de durable, mais il avait un diplôme pour son argent.
En 1838, de Salvandy avait essayé de lutter contre ce genre de fraude, avec des armes, en vérité, bien inoffensives. Il avait interdit aux chefs d’institution de faire des cours préparatoires au baccalauréat ès lettres et menacé de poursuites tout individu qui, par une voie quelconque, annoncerait des cours préparatoires. Interdiction et menaces restèrent lettres mortes, faute de sanctions prévues par la loi. Villemain avait trouvé autre chose. On publiait chaque année une liste de passages sur lesquels étaient interrogés les candidats. Villemain décida que les candidats seraient interrogés sur des passages choisis inopinément dans des textes complets. Cette mesure, si elle avait été appliquée, aurait rendu moins aisée la tâche des préparateurs et donné quelques chances d’avoir des candidats qui auraient tenu un Virgile, entre les mains, au lieu d’un Manuel, avec la traduction juxtalinéaire des passages les plus souvent demandés.
On est surpris que Cousin, dont le désir de donner au baccalauréat sa valeur était indubitable, n’ait pas poursuivi l’effort de ses prédécesseurs de Salvandy et Villemain. Et l’on ne peut que regretter que, pour apaiser d’injustes méfiances, au lieu de mettre en cinq cents numéros son programme, il n’ait pas mis fin au système absurde du tirage au sort, aussi offensant pour les examinateurs que regrettable pour les candidats distingués, et qui ne pouvait profiter qu’aux incapables sortis des mains habiles des préparateurs et des fabricants de manuels. Seuls, effet, les directeurs et les professeurs des établissements qu’on désignait communément sous le vocable de « boîtes à bachot » ou de « fours à bachot » pouvaient apprécier les avantages d’un régime qui leur permettait de garantir le succès après deux ou trois mois de préparation spéciale. Plusieurs d’entre eux étaient même si sûrs de l’efficacité de leurs procédés qu’ils n’hésitaient pas à traiter à forfait et à n’être payés que si le candidat était reçu. Les annonces suivantes que nous avons relevées, parmi beaucoup d’autres, dans la quatrième page du Charivari de 1849, sont le meilleur témoignage de cette transformation du baccalauréat en objet de tractation commerciale. « Baccalauréat. Cours de M. Lespinasse. Traite à forfait. Payable après réception » (Dans le Charivari du 4 janvier 1849. Cette annonce qui est reproduite 78 fois en 6 mois, fait suite ici à celle du Bal de la Picarde, rue Saint-Denis, 97, et précède une réclame sur la guérison des maladies secrètes, Bureau du Major, rue Montmartre, 109). « Baccalauréat. Cours trimestriel. Traite à forfait. Succès garanti. M. Mondière, rue de la Monnaie, 19, près du Pont-Neuf » (Dans le Charivari du 4 janvier 1849). « Baccalauréat. Le Large, rue des Maçons-Sorbonne, 7. On ne paie qu’après réception » (Dans le Charivari du 24 janvier 1849. Dans le numéro du 28-29 mai, cette annonce paraît sous la forme suivante : « M. Lelarge, rue des Maçons-Sorbonne, n°7, prévient les pères de famille qu’en 2 mois il garantit de faire recevoir leurs fils bacheliers. »). « Baccalauréat. Garanti en un, 2 ou 3 mois. M. E. S. Duroc, rue de l’Odéon, 25 » (Dans le Charivari du 7 février 1849. Précède une réclame de vins de Bordeaux et de Bourgogne à 0 fr. 30 la bouteille et au-delà).
Qu’une telle industrie dont on trouve encore de nos jours des traces de la survivance ait pu naître, se développer et prospérer au point de provoquer une concurrence qui associait le prix forfaitaire au paiement conditionnel, est la preuve la plus évidente que la réforme de Cousin fut incapable de rendre au baccalauréat sa véritable signification, c’est-à-dire celle d’un diplôme qui fût réellement la sanction des études classiques en même temps que la garantie sérieuse d’une instruction générale lentement et méthodiquement acquise. C’est sûrement aux bacheliers qui sortaient des mains de ces industriels que pensait Thiers lorsque, le 13 juillet 1844, du haut de la tribune de la Chambre des Députés, à ceux qui proposaient de n’exiger que le baccalauréat de quiconque voudrait fonder un établissement d’enseignement secondaire, il objectait : « On comprend, par exemple, que si on n’exige des aspirants que le premier grade, celui de bachelier, on ne fait pas assez sous le rapport des garanties de capacité. En effet, ce grade est celui que tout le monde prend…, celui qui prouve qu’on a appris un peu de latin, peut-être un peu d’histoire et de philosophie ; mais depuis on a pu oublier tout ce qu’on a appris, courir plusieurs carrières, ne réussir dans aucune, et d’aventures en aventures tomber dans celle de l’enseignement. Ce sont ces espèces de gens sans aveu, qui infestent toutes les carrières, et souvent les plus nobles de toutes, qu’il faut écarter surtout de l’instruction ».
En 1802, la rupture entre Bonaparte et les Idéologues est officiellement consommée. En 1809, les cours de philosophie sont établis dans les Lycées (qui remplacent les Ecoles Centrales) par le règlement du 19 septembre. Il n’y a qu’un seul cours par académie et durant cette année inaugurale du baccalauréat, 31 diplômes sont attribués. Jusqu’en1852, le baccalauréat ès lettres est le seul à avoir une existence propre (le baccalauréat ès sciences en dépend). Le nombre de bacheliers dépassera le millier en 1812. Avec les collations, il y aura plus de 2000 diplômés en 1816. L’ordonnance du 13 septembre 1820, qui fait du baccalauréat la condition de l’accès aux carrières civiles, représente un tournant : 3000 bacheliers cette année-là, 4500 en 1821, environ 3000 en moyenne annuelle jusqu’en 1852 (l’année où le baccalauréat ès sciences devient autonome).
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Bibliographie :
Isabelle Backouche, La Monarchie parlementaire (1815-1848), De Louis XVIII
à Louis-Philippe, Paris, Pygmalion/Gérard Watelet, 2000 ; André
Canivez, Jules Lagneau professeur de philosophie, Essai sur la
condition du professeur de philosophie jusqu’à la fin du XIXe
siècle, Tome I, Les professeurs de philosophie d’autrefois,
Paris, Les Belles Lettres, 1965 ; Victor Cousin, Défense de l’Université,
Paris, Joubert, 1845 ; Victor Cousin, Œuvres de jeunesse, I, Cours
de philosophie professé à la faculté des lettres pendant l’année
1818 ; Sur le fondement des idées absolues, DU VRAI, DU BEAU ET DU BIEN,
Avant-Propos d’Oscar Haac, Introduction de Jean-Pierre Cotten, Slatkine
Reprints, Genève, 2000 ; Histoire des droites en France,
sous la direction de Jean-François Sirinelli, Paris, Gallimard, volume 1,
1992, première partie ; Louis Girard, Les libéraux français,
1814-1875, Paris, Aubier Montaigne, 1985 ; J.-B. Piobetta, Le
Baccalauréat de l’enseignement secondaire, Paris, Baillière et Fils,
1937, chapitre IV ; Stéphane Douailler, Christiane Mauve, Georges Navet,
Jean-Claude Pompougnac, Patrice Vermeren, La Philosophie saisie par l’Etat,
Petits écrits sur l’enseignement philosophique en France, 1789-1900,
Paris, Aubier, 1988 ; Claude Lelièvre, Les politiques scolaires mises
en examen, Douze questions en débat, Paris, ESF 2002, chapitres 7
et 8, pp. 109-133 ; Jules Simon, Victor Cousin, Paris, Hachette,
1887 ; M.P. Bourgain, Gréard, un moraliste éducateur, Paris,
Hachette, 1907.
Matériaux pour une histoire raisonnée des programmes (II)
Le programme de 1832 est rédigé en français. L’influence de Victor Cousin s’est exercée efficacement sur la langue de la leçon, de l’examen et du concours : en classe, à l’oral du baccalauréat, à l’écrit et à l’oral de l’agrégation, à l’écrit du concours général, le français remplace le latin, pour des raisons de fond qui se veulent philosophiques et s’expriment dans une forme législative particulièrement volontariste.
Une ordonnance de mars 1829 avait indiqué que la philosophie devait être enseignée en français. Un réactionnaire, M. de Montbel, survivant du ministère Villèle, avait rétabli l’usage de la langue latine en septembre de la même année. Mais un an plus tard, tout était dit : un arrêté du Duc de Broglie supprimait cette mesure. Il y a là un symbole : Canivez (p. 86) signalait que vers 1612, on avait sévi contre un certain M. Lamur « du collège de Tréguier, qui avait eu l’audace d’annoncer un enseignement de la philosophie en français ». C’était une marque d’indépendance jugée intolérable par une autorité qui enjoignait alors aux professeurs de philosophie de dicter leurs cours, en général un résumé néo-aristotélicien sans originalité où les lieux communs étaient livrés dans un latin assez rude. Désormais, la langue nationale sera celle de la discipline, de son enseignement et de son examen. L’Arrêté du 11 septembre 1830 voit dans la latinité un obstacle à la connaissance par concepts et à l’argumentation philosophique.
Accentuant sa politique cléricale, Charles X avait mécontenté jusqu’aux royalistes gallicans. En novembre 1827, l’opposition libérale avait remporté les élections. Le ministère Martignac scinda alors l’éducation en Affaires ecclésiastiques (Mgr Frayssinous) et en Instruction Publique (Vatimesnil). Ce ministère « réparateur », qui émancipa l’Ecole de la tutelle de l’Eglise, rendit la parole à Victor Cousin en 1828. Les ordonnances contraignantes de juin de la même année stoppèrent le cléricalisme et l’on vit pour la première fois des orateurs catholiques invoquer la liberté de l’enseignement et la neutralité du politique, eux qui naguère en avaient assuré politiquement la direction partisane. Mais cela ne tint pas et la révolution de Juillet emporta le Ministère Polignac (Guernon-Ranville à l’Instruction Publique) qui avait succédé à Martignac. Cousin, Thiers, Guizot, De Broglie, Périer, voulurent parachever la révolution en conjurant la république : le compromis orléaniste se présenta pour sauver la Charte et contenir le succès populaire dans une victoire parlementaire.
Pour les libéraux, 1830 accomplit 1789 : l’ordre et la liberté s’équilibrent dans la Charte, idéologie de la classe moyenne qui tient l’Ancien Régime et la démocratie populaire pour deux aberrations politiques. Ce n’est plus l’Ancien Régime ; mais ce n’est pas encore la République. Dans cet espace des « honnêtes gens », seule la raison est souveraine. Quant au vote, il réclame une capacité et la loi, loin d’être architectonique, est représentative d’un état social.
Guizot ne fit que passer à l’Instruction Publique avant de rejoindre l’Intérieur. En Août 1830, De Broglie se chargea du ministère de l’Instruction Publique et des Cultes. La révision de la Charte vit la disparition des notions de droit divin et d’octroi : la source du pouvoir était désormais humaine, résidant dans un peuple français composé de citoyens et non plus de sujets. Les lys s’effacèrent et le catholicisme ne fut plus que la religion de la majorité des Français. La liberté recouvrée de la presse, l’interdiction des ordonnances suspensives, le drapeau tricolore, montrent que se créent alors les conditions qui permettront le plein exercice parlementaire et l’élargissement du suffrage. Mais un tel renversement du procès de légitimation contraignit Louis-Philippe, en rupture avec Charles X, à chercher dans l’acclamation populaire une rationalisation a posteriori de sa souveraineté. Cette « légitimité rétroactive », qui crée l’espace des futurs plébiscites, transforme l’aspiration républicaine en hommage à la bourgeoisie libérale. Sans sacre ni vote, qui peut dire combien de temps durera cette apnée politique en sachant que la balance penche désormais du côté humain d’un suffrage que le filtre censitaire ne contiendra pas toujours ? La monarchie de juillet mit alors en scène son leader (acclamations aux balcons, simplicité du roi bourgeois en pique-nique ou sous la pluie) : elle en rattacha l’image problématique aux trois journées paradigmatiques de Juillet qui fonctionnèrent comme un mythe d’origine, celui de l’homme providentiel, élu sans élections, et seul en mesure de refermer le cycle révolutionnaire en rattachant les Trois Glorieuses (27-28-29 juillet 1830) à la prise de la Bastille (14 juillet 1789). Les martyrs de juillet déplacèrent sur leur triste sort la violence fondatrice du régime.
Quand Victor Cousin a retrouvé sa chaire en 1828, sa parole philosophique nouvelle voulut valider les conquêtes de la raison dans la forme institutionnelle de ce système représentatif, et ce, en parfaite indépendance à l’égard de la religion et des ultras, hostiles au parlementarisme et à la liberté de la presse. Il unifie alors le corps enseignant, recrute les professeurs parmi les bacheliers et les licenciés. La monarchie constitutionnelle est pour lui le « point d’achèvement de toute la civilisation » (Jean-Pierre Cotten, 2000, XXXVI) : la révolution, l’empire et la Charte s’y retrouvent. L’éclectisme sera la raison active de l’Etat enseignant.
Avec Jouffroy et Cardailhac, il propose un programme qui comporte 42 articles au lieu des 50 questions de Burnier-Fontanelle. Victor Cousin en est l’inspirateur. Plutôt que d’interrogations, il est fait « d’objets » à élucider. Il est notifié aux facultés en septembre 1832.Le programme conserve quelques traces de celui de 1823 : des interrogations résiduelles (items 23, 38, 39, 40, 42). Mais l’inspiration est différente. Le programme synthétise l’expérience professionnelle des élèves de Cousin, la simplifie heureusement et la fait précéder de la question préjudicielle de la vraie méthode en philosophie. La partie Logique est réduite et le bloc d’histoire de la philosophie reste autonome. La morale précède une théodicée, non pas parce que la morale aurait à se déterminer comme une région de la théologie, mais parce que la raison doit connaître les limites de son autonomie.
« En quelques dix années, à de rares irréductibles près, tels Saphary et Valette, Cousin a constitué un régiment, qu’avec ses anciens élèves il forme à l’Ecole Normale, qu’il sanctionne au concours d’agrégation, qu’il nomme dans les chaires des lycées et des facultés au titre de membre du conseil supérieur de l’Instruction Publique, et qu’il récompense enfin aux concours de la section de philosophie de l’Académie des Sciences morales et politiques et aux jurys des thèses à la Sorbonne. » (Douailler, Mauve, 1988, 127)
On n’en finira pas de pointer cette collusion et de la fustiger. Mais souvenons-nous qu’avant d’être « professeur », l’enseignant de philosophie était « régent », puis « précepteur », statuts plus incertains, aux attributions vagues, aux compétences inégales, face à des publics très jeunes (Bussy-Rabutin avait 12 ans, Descartes 14 ans, etc.). Le régent de philosophie était le plus souvent un ecclésiastique, sans traitement fixe, retiré du monde dans l’enceinte scolaire des collèges. Le climat de latinité et l’internat composaient un monde artificiel dans lequel une religion édifiante et un savoir uchronique empêchaient les enseignants de philosophie de pratiquer la philosophie de leur temps, faute de temps (20 heures hebdomadaires sans compter les répétitions). Et leur drame (ils en avaient conscience car beaucoup restaient des esprits indépendants) fut, d’une part, de n’être pédagogiquement efficaces qu’à la condition d’être philosophiquement dépassés, et d’autre part, de n’avoir pour vie critique à opposer à la monotonie du savoir accommodé que les joutes dialectiques du répondant et du disputant qui feignaient de présenter Descartes et Spinoza et d’en finir brutalement avec eux. La figure du précepteur, plus mondaine, à la polymathie suspecte, traverse tout le XVIIIe siècle.
Victor Cousin a mis en place ce qu’il faut bien appeler « une formation des maîtres » : « autant valent les maîtres, autant vaut le collège. Il importe donc de savoir d’où viennent les professeurs de l’Université, à quelles conditions l’Etat les accepte ou comment il les prépare à bien remplir les fonctions qu’il leur confie. » Voir son discours d’avril 1844.
MINISTERE
DU DUC DE BROGLIE
Le conseil royal de l’instruction
publique,
Vu l’article 17 de l’ordonnance
du 27 février 1821 ;
Vu l’article 17 de l’ordonnance
du 26 mars 1820 (§3) ;
Considérant que l’emploi de la
langue latine, dans l’enseignement de la philosophie, est également
défavorable à la philosophie, puisque la langue latine ne peut rendre qu’obscurément
et imparfaitement beaucoup d’idées et d’expressions de la philosophie
moderne, et à l’étude de la bonne latinité, que corrompait l’invention
de termes nouveaux ;
Considérant que l’argumentation
en latin a les mêmes inconvénients ;
Considérant en outre qu’il
importe à tous égards de maintenir la prééminence de la langue nationale
et populaire dans les matières philosophiques ;
Voulant assurer l’entière
exécution de la disposition précitée de l’ordonnance du 26 mars
1829 ;
Sur le rapport de M. le conseiller
chargé de tout ce qui concerne les études philosophiques ;
Arrête ce qui suit :
Article premier. Les leçons de
philosophie se donneront exclusivement en français.
Cependant, les élèves feront de
temps en temps des compositions en latin sur des questions de morale.
Article 2. L’argumentation en
latin est supprimée.
Article 3. Le prix d’honneur de
philosophie, avec les avantages qui y sont attachés, est transféré de la
dissertation latine à la dissertation française.
Article 4. L’article 214 du statut
du 4 septembre 1821, qui décerne le prix d’honneur de philosophie à la
dissertation latine, et l’arrêté du 8 septembre 1829, qui recommande l’argumentation
en latin et les compositions latines sur les sujets de logique, de
métaphysique et de morale, sont et demeurent rapportés.
Le ministre de l’instruction publique et des
cultes, grand maître de l’Université
Signé DUC DE BROGLIE
Le conseiller remplissant les fonctions de
secrétaire du conseil royal.
Signé Victor COUSIN
Arrêté relatif à l’Examen de
Philosophie pour le baccalauréat ès lettres
11
septembre 1830
Le Conseil royal
Arrête ce qui suit :
Article premier. L’article 4 de l’arrêté
du 13 mars 1821, qui prescrit que l’examen de philosophie du baccalauréat
ès lettres sera fait en latin, est rapporté.
Article 2. L’examen de philosophie
pour le baccalauréat ès lettres sera fait en français.
Article 3. Il sera fait une
révision des questions sur lesquelles doit rouler cet examen.
Il sera nommé à cet égard une
Commission qui fera son rapport dans le plus court délai possible, de
manière que la série des questions en français dont se composera l’examen
de philosophie pour le baccalauréat ès lettres puisse être imprimée pour
la rentrée de la faculté des Lettres.
Le
ministre de l’instruction publique et des cultes, grand maître de l’Université,
Signé
DUC DE BROGLIE
Le
conseiller remplissant les fonctions de secrétaire du conseil royal
Signé
Victor COUSIN
Arrêté relatif au concours de l’agrégation
de philosophie
11
septembre 1830
Le conseil royal de l’instruction
publique ;
Considérant que les épreuves pour
le concours de l’agrégation de philosophie doivent se rapporter
exclusivement à la philosophie, et que tous ceux qui se préparent à ce
concours donnent des garanties suffisantes d’instruction, tant en latin et
en grec, que dans les sciences mathématiques et physiques, par la double
condition qui leur est imposée d’être bachelier ès sciences et licencié
ès lettres, et qu’ainsi nulle épreuve nouvelle à cet égard n’est
nécessaire ;
Considérant en outre que l’histoire
de la philosophie, si utile à la philosophie elle-même, n’occupe pas une
place suffisante dans les épreuves de ce concours ;
Arrête ce qui suit :
L’arrêté du conseil royal du 27
décembre 1828 est modifié, quant aux épreuves, en ce que la dissertation
latine, la traduction d’un morceau tiré d’un philosophe grec et l’argumentation
en latin sont supprimées, et les épreuves fixées de la manière
suivante :
1ère épreuve
(composition). Les concurrents composeront deux dissertations en français, l’une
sur un point de philosophie, l’autre sur un point de l’histoire de la
philosophie.
2ème épreuve
(argumentation). Les concurrents soutiendront tour à tour des thèses en
français sur un point de philosophie ou d’histoire de la philosophie.
3ème épreuve (leçon).
Le sujet de la leçon est un point de philosophie. La leçon et l’argumentation
qui la suit sont faites en français.
Toutes les autres dispositions de l’arrêté
du 2è décembre 1828, qui ne sont point ici formellement rapportées, sont et
demeurent maintenues.
Le
ministre de l’instruction publique et des cultes, grand maître de l’Université,
Signé
DUC DE BROGLIE
Le
conseiller remplissant les fonctions de secrétaire du conseil royal,
Signé
Victor COUSIN
Arrêté qui prescrit une épreuve écrite
pour l’examen du Baccalauréat ès lettres
9
février 1830
Le Conseil royal
Arrête ce qui suit :
Indépendamment
des épreuves usitées jusqu’à ce jour, tout candidat au baccalauréat
ès lettres sera tenu d’écrire instantanément un morceau en français,
soit de sa composition, soit en traduisant un passage d’un auteur
classique.
Le
9 février 1830, le baccalauréat commence par une épreuve écrite. Victor
Cousin a refondu le programme de 1832 (42 questions, 17 auteurs, une quart d’histoire
de la philosophie)
relative
aux questions de philosophie sur lesquelles doivent être interrogés les
aspirants au grade de bachelier ès lettres.
« Monsieur
le Recteur,
J’ai
eu l’honneur de vous envoyer, au commencement de l’année scolaire, l’arrêté
du Conseil Royal de l’instruction publique, en date du 28 septembre 1832,
contenant le programme des questions de philosophie sur lesquelles doivent
être interrogés les aspirants au grade de bachelier ès lettres.
Ce programme n’est que le résumé exact de l’enseignement philosophique, tel qu’il a lieu dans les collèges royaux. Il est la base naturelle et obligée de l’examen du baccalauréat pour cette partie des études classiques. Puisqu’il s’agit d’un diplôme qui doit procurer indistinctement à tous les élèves des collèges royaux et communaux les mêmes avantages, il est juste que tous soient tenus de faire preuve du même degré d’instruction.
L’adoption
de ce programme était d’ailleurs réclamée par les intérêts de l’instruction.
Il tend à élever l’enseignement de la philosophie dans les collèges
communaux à la même hauteur que dans les collèges royaux. Il introduit dans
la marche de l’enseignement une uniformité toujours compatible avec la
liberté de discussion, mais indispensable pour que le mérite des professeurs
et les succès obtenus par chacun d’eux puissent être appréciés
comparativement.
Je n’ai pas besoin, sans doute, d’insister sur ces considérations, monsieur le Recteur, pour vous faire sentir combien il est nécessaire que le programme des questions de philosophie soit fidèlement suivi dans l’examen des aspirants au grade de bachelier ès lettres. On doit s’y conformer non seulement pour le fond et la forme, mais encore pour l’ordre des questions à poser. Je désire que les intentions de l’autorité à cet égard soient rappelées sans aucun délai, tant à MM. les doyens et professeurs des Facultés des lettres, qu’à MM. les membres des commissions instituées pour en tenir lieu. Vous voudrez bien m’informer de temps en temps de la manière dont ces intentions sont remplies dans votre ressort académique ; vous m’adresserez à cet effet des rapports spéciaux à différentes époques de l’année scolaire, notamment après la clôture des examens qui ont lieu avant les vacances. »
[1] Il s’agit de la réforme de 1840.